Leïla Benac . . . . . . . . . . . . . . . Biographie

La danse ? Elle est tombée dedans toute petite. Initialement de formation classique, elle découvre par la suite la danse de jazz, et plus particulièrement
les claquettes. Alors qu’elle assiste à un concert du maître incontestable Jimmy slyde, elle comprend que la danse offre d’incroyables capacités d’improvisation. Elle s’écarte donc de la discipline rigide de la danse classique et part aux Etats-Unis pour s’imprégner du talent des plus grands danseurs
de claquettes noirs américains. Elle a pour maîtres Jimmy Slyde, Ralph Brown, Lon Chaney, Buster Brown et Sandman Sims. Elle devient par la suite leur partenaire au cours de leurs tournées européennes.

De retour en France, elle enchaîne spectacles, tournées et organise de nombreuses manifestations de jazz, de claquettes en Aquitaine. En solo, elle est accompagnée par de prestigieux batteurs tels que Oliver Jackson, Jo Jones, Panama Francis, Sam Woodyard, et le grand Michaël Silva (ancien batteur de Sammy Davis Jr). En formation, elle tourne avec les meilleurs musiciens de jazz : Ray Bryant, Lionel Hampton, Illinois Jacquet, Guy Lafitte et Claude Bolling.

En 1997, elle crée une école sur Bordeaux le «Jazz Center», véritable plaque tournante du jazz et des claquettes. Avec l’école elle va créer et monter de nombreux spectacles qui seront par la suite produits de manière régulière au Théâtre Fémina de Bordeaux.

Leïla BENAC incarne le jazz et en connaît tous les thèmes mais également toutes les interprétations. Danseuse de jazz, claquettiste et chorégraphe, elle a formé de nombreuses personnes dont certaines sont devenues des artistes confirmés et est actuellement un des professeur/formateur de l'ESTBA (Ecole Supérieure de Théâtre Bordeaux Aquitaine). Parallèlement, elle est engagée en tant que chorégraphe sur la pièce de théâtre «Sauterelles», mise en scène parD ominique Pitoiset (directeur du TNBA), puis en mai 2010, travaille en tant que chorégraphe sur la pièce de sortie de la première promotion de l’ESTBA « Merlin ou la terre dévastée ».

En 2005, elle crée une compagnie de claquettes «Du Soleil Dans Les Pieds» avec sa fille Soraya, toutes les deux directrices artistiques de la compagnie, elles mettent en place de nombreux spectacles et notamment des revues «Cotton Club». Elle travaille également en collaboration avec les metteurs en scène Xavier Viton et Nicolas Delas pour leur nouvelle création «Claquettes Paradise». En Décembre 2006, « Claquettes Paradise » voit le jour au Théâtre des Beaux-Arts, et, en Novembre 2007 ce même spectacle va prendre une plus grande dimension au Théâtre Fémina dans le cadre de la soirée anniversaire des 30 ans de création de Leïla BENAC.

Le premier semestre 2010 sera marqué par les soirées «Claquettes Show» qu’elle organise en collaboration avec Soraya BENAC au «Comptoir du Jazz» à Bordeaux, accueillant de nombreux artistes invités (Stéphane Benac, Tamango, Helmie Bellini,...) ces soirées seront placées sous le signe du partage et de la réussite.

 

 de Dominique BURUCOA (Directeur de la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain et du festival Jazz aux Remparts):

C’était hier… Nous étions plus jeunes. Soraya était alors bien petite. Comme aujourd’hui, avec Leïla, elle dansait…

Bill « Bojangles » Robinson aussi dansait… bien avant elles ! Ses pairs s’accordaient à penser que nul autre ne lui était supérieur dans l’art du Tap Dance, la danse à claquettes. Pourtant les manchettes des journaux étalaient d’autres noms. Si on le citait, souvent au détour d’une interview, ceux qui bénéficiaient de la gloire qui lui revenait en parlait avec le respect dû à un Maître. Mais ils semblaient avoir affaire à des sourds. L’histoire de l’art se nourrit de tels malentendus. Les artistes devraient peut-être les accepter… pour mieux vivre. Pas ceux qui les aiment !

L’art du Tap Dance est né aux Etats-Unis avec la musique de Jazz. Ses créateurs appartenaient au peuple afro-américain. La tradition voulait que le Tap Dance s’intégra à la musique. Aucune distinction n’était faite entre le statut du Tap Dancer et celui du musicien. Jazz et Danse étaient bien l’expression d’un même art. La grandeur d’un danseur à claquettes ne s’évaluait pas à la qualité du geste mais à la sonorité et à la complexité rythmique produites par les pieds chaussés de fers. Les meilleurs rivalisaient avec les plus grands batteurs pour le bonheur de la communauté. Plus tard, dans les dancings, au milieu des joutes dionysiaques des grands orchestres, d’autres hallucinantes batailles se livraient sur la piste de danse. Au Savoy Ballroom de Harlem, temple de la musique et de la danse, les meilleurs avaient accès au cats corner. L’on y accédait par cooptation après un examen de passage sévère d’où l’on s’excluait le plus souvent de soi-même par crainte du ridicule.

Art vivant partagé, signe de reconnaissance d’une communauté opprimée et souffrante plongeant ses racines dans une terre autre et lointaine, tel était essentiellement le Tap Dance à l’instar de sa musique, le Jazz.

D’aucun perçurent ce qu’ils pouvaient tirer d’une telle richesse. Ce fut alors l’époque des revues, des numéros éblouissants de danseurs qui ponctuaient les prestations des orchestres Noirs offerts aux applaudissements d’une clientèle huppée. Par imitation, des danseurs talentueux de race blanche devinrent célèbres et … mieux rémunérés. Les médias les mirent au devant de la scène. La majorité des jeunes afro-américains abandonna à d’autres ce qui ne lui appartenait plus. Seuls quelques initiés transmirent la tradition encore vivante aujourd’hui.

A des milliers de kilomètres, la danseuse Leïla Benac découvrait le Jazz. Au contact des jazzmen, elle comprit qu’il fallait puiser à la source. Elle avait beau regarder autour d’elle, elle ne trouvait aucune relation entre ce que l’on nomme ici communément « Danse Jazz » et la richesse d’une culture comme venue d’une autre planète : le Tap Dance ! En écrivant ces lignes, quelques images furtives de pas esquissés devant le regard étonné de quelques grands du Jazz me reviennent en mémoire. Les rencontres se prolongeaient par une démonstration ou le dévoilement de quelques figures offertes en coulisses ou après un concert. Le lendemain, les professeurs d’hier demandaient à l’élève de les rejoindre sur scène. Nous y assistions admiratifs et heureux… Puis, il y eut les rencontres avec les vedettes comme Illinois Jacquet, Jo Jones, Oliver Jackson… l’amicale et inoubliable collaboration avec Michaël Silva, autant de moments de bonheur ! Enfin, celles avec les maîtres Ralph et Buster Brown, Bunny Briggs, Chuck Green, Lon Chaney, bien d’autres encore… Il faudrait des pages et des pages pour témoigner. Bientôt Soraya réalisa le rêve du voyage de la tradition. Elle s’installa aux U.S.A, vécut et travailla avec les Hoofers, les maîtres du Tap Dance. Elle fut admise parmi eux ! Aujourd’hui, revenue aux côtés de Leïla après cette formation incomparable, elle participe à la vie du Jazz Center bordelais. En mesurons nous la chance ?

Au-delà de toute apparence, le Tap Dance est un art exigeant. Les capacités physiques s’allient à la virtuosité technique restituées avec grâce et esthétisme. Mais la subtilité de cet art, malgré l’accroche inévitable du regard, reste essentiellement auditive comme le prolongement de la musique qu’il crée et illustre à la fois. Grâce à Leïla et Soraya Bénac, c’est l’essence même de cet art qui vit pour nous et se partage avec nous aujourd’hui. Profitons-en !

Dominique BURUCOA

Directeur de la Scène Nationale de Bayonne et du Sud-Aquitain et du festival Jazz aux Remparts.